KOMA (1.2.3)

Une création originale de Mickaël Sabbah

Koma (1.2.3) est un triptyque traitant de trois des quatre phases du coma, et la circulation de la langue dans la "boîte noire", c’est-à-dire la circulation des mots à l'intérieur du coma stade 1 ou stade de l'obnubilation, du coma stade 2 ou stade de la disparition de la capacité d'éveil et du coma stade 3 ou coma profond (coma carus). Le coma stade 4 ou coma dépassé ne sera pas traité car la vie n'étant maintenue que par des moyens artificiels, on touche à la question de l'au-delà qui n’entrait pas encore en compte dans l'actuelle recherche artistique de la Cie Brocéliande. La création a donc été divisée en trois parties dans lesquelles se trouvèrent une recherche sur la langue originelle composée de jeux de mots, de cris primaux de bébé, de cris primitifs et de cris de rage. 

Un travail sur la mémoire dans sa complexité a été effectué : tantôt brute, directe, spontanée, collective ou ancestrale. La question du rapport à  l'oubli, la conscience et l'inconscient, au sommeil, au rêve, la circulation de l'information dans le système nerveux central après un accident sont également au cœur de cette oeuvre. 

Cette oeuvre est donc avant tout un travail de recherche sur la langue, de surcroît accompagné d'un travail sur la transdisciplinarité dans le théâtre et sur la place de la parole dans notre société moderne. Cette réflexion a motivé à l’époque la création de la Cie Brocéliande.

SYNOPSIS

Une catastrophe se produit sous nos yeux effarés. Le World Trade Center s’effondre. Le monde tremble. Un homme tombe d’une tour. Au milieu de la fumée, des flammes, des braises, très profondément, il dort. Le voilà transporté dans un hôpital vide. En salle de réanimation, sa vie n’est maintenue que par un fil. Ce fil léger et invisible c’est l’électricité de la langue qui parcourt son corps et alimente son rythme cardiaque. Stade I, Stade II, Stade III. Le coeur bat et se débat à travers les différentes phases du coma.

 

Que se passe-t-il dans cette tête cassée ? Comment les mots s’articulent-ils entre les neurones, les synapses et le système nerveux ? Comment la langue circule-t-elle dans cette boîte crânienne post-apocalyptique où se mélangent furieusement mémoire collective, profondeurs de l’inconscient, rêves, cauchemars, réalités et visions mystiques ?

KOMA 1 (2009)

MISE EN SCÈNE

Koma 1 relate donc la vie intérieure du protagoniste au stage de l’obnubilation. Cette première partie de la création est dite “totale” c’est-à-dire qu’y interviennent tous les langages artistiques de la pièce, le jeu, la danse, la musique acoustique et éléctroacoustique et la vidéo.

CORPS

Dans Koma 1, le jeu est très physique, très nerveux, presque brutal par moments, avec des postures de combat ou d'animal prédateur (félins, loups...). La voix va jusqu'à la saturation. Tantôt dans les aigus, tantôt dans les graves, elle s'envole parfois en chant lyrique, en incantations, en cris, pour retomber par très légères bribes, dans le chuchotement, la douceur ou la volupté. La tension et la souffrance physique et psychique sont toujours présentes avec juste quelques moments de chutes comme des évanouissements ou des grandes reprises de souffles. Le corps exprime sa propre histoire. Une partition dansée est mise en place.

La danse est la première, avec le jeu d'acteur, à être présente sur le plateau. Ils s'apprivoisent l'un l'autre et mettent en place leurs langages réciproques.

 

Dans Koma 1, la danse représente à la fois les différents stades de la vie d'une femme et son émancipation face à l'effacement de l'orgueil masculin. Elle marque quatre grandes étapes : la naissance, l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. Elle peut être comparée à une chenille qui sort de sa chrysalide et se transforme en papillon. 

 

Elle est d'une certaine façon dissociée du texte et raconte parallèlement sa propre histoire tout en trouvant des points de rencontre fulgurant aux moments climax. Durant ces quatre grandes étapes et à l'aide de différentes techniques: contemporaine, butô, mime, et de différents éléments para-verbaux tels que grimaces, rires, pleurs, grognements, éternuements, bruits, sons, sifflements, langages des signes elle traitera des thèmes de la folie, de l'hystérie, de la saleté et du mensonge, des thèmes de l'innocence, de la candeur, de la vertu et de la sagesse, des thèmes de la maladie, du handicap, de l'habitude, de l'isolement, de la solitude et de la difficulté à exister, des thèmes de la sexualité, de l'enfantement, du regard sur soi-même et du regard de l'homme sur la femme, et enfin des thèmes de la machine, du chronos, de la féminité, de l'animalité, du cycle, de la grâce, de l'harmonie et de la plénitude.

MUSIQUE

ELECTRONIQUE

Elle intervient d'abord par un travail initial autour du texte pour planter différents décors, différents environnements sonores, différents lieux. Puis, progressivement, elle opère un mélange entre sons concrets et sons abstraits. Elle a pour tâche de représenter ce qui entoure l'homme dans le coma au sens très large (accident, ambulance, salle de réanimation, machine, voix, hôpital, quartier, ville, forêt, monde, univers...) et les résonances de tout cela en lui. Du début jusqu'à l'avant-dernière sous partie de la fin de la pièce, elle rythme et ponctue les différentes parties et sous parties par un son de battement de cœur.

 

Dans Koma 1, elle n’existe que par quelques sons concrets et quelques ambiances sonores très légères pour laisser la place au violon et à la contrebasse.

MUSIQUE

ACOUSTIQUE

Le violon et la contrebasse interviennent une fois que les parcours de la danse, du jeu et de la musique électro-acousmatique sont mis en place.

IMAGES

Dans Koma 1, de la matière photographique aura été récupérée à l'aide d'un téléphone portable dans le métro, dans les rues de la ville et dans la nature. Cette matière photographique (comprenant bouts d'affiches, images de vitesse, éclats et jets de lumière, panneaux et sens giratoires, symboles, sourires, regards, ciel, soleil, reflet ombre, écritures, tags, scripts, dessins, hiéroglyphes, croquis, schémas, étoiles, morceaux de textes manuscrits, peintures, couleurs...) est mélangée à des prises de vue de la ville (métro aérien, rues, passants...), des prises de vues de la nature (ciel, nuages, forêt, eau, oiseau, neige...) et des prises de vues du corps de la danseuse. Elle intervient tout au long de l'acte et traite du rapport au corps, du rapport à la sexualité et à la féminité, du rapport entre la cité et la nature, du conditionnement social, de la manipulation publicitaire, du rapport intime à la technologie et aux images, de la pulsion de vie, du voyage, de l'errance et de la folie.

KOMA 2 (2010)

MISE EN SCÈNE

La deuxième partie est dite "moyenne" : la danse y intervient par bribes se confondant à la vidéo qui n'est plus continue mais hachée.

CORPS

Dans Koma 2, le jeu est plus souple et le corps plus détendu. Une sorte de légèreté se développe au fur et à mesure de l'acte. La voix est plus calme, plus douce, plus apaisée, moins extrême. Elle se rapproche par moments du chanté-parlé et joue beaucoup avec les silences, les étirements, les respirations, les répétitions, les chuchotements et la musique électro-acousmatique. La danse intervient par bribes se confondant à la vidéo qui n'est plus continue mais hachée.

MUSIQUE

ELECTRONIQUE

Plus présente dans Koma 2, la musique électronique reprend quelques fragments de mélodies des instruments acoustiques comme pour ramener des petites ritournelles et pose des univers sonores plus intemporels et plus galactiques. Elle commencera à travailler sur la texture de la voix de l'acteur pour créer en live, des échos, des distorsions et des effets larsen.

MUSIQUE

ACOUSTIQUE

De la musique acoustique intervient par intermittence : elle ne se livre plus dans une mélodie établie, mais pose de longs silences, des respirations et des sons qui se mélangent aux sons électroniques. 

KOMA 3 (2011)

MISE EN SCÈNE

La troisième partie est dite "minimale". La danse se situe uniquement dans la vidéo qui ne laisse apparaître que très peu d'images. La musique acoustique n'intervient plus du tout. Quelques micro-fragments de mélodies sont repris et re-traités par la musique électronique qui s'atténue et disparaît complètement à la fin. A la fin de la pièce, on n'entend plus que du texte, dans le noir total avec juste une parole intime donnée et un corps en phosphorescence, suspendu dans le vide.

CORPS

Dans Koma 3, le jeu est encore plus ample et plus fluide. Le corps ne présente plus aucune trace de souffrance et tend vers la lenteur pour se figer dans l'immobilité totale. La voix est de plus en plus déliée, tendre et se rapproche d'une intensité fragile et monocorde, pour enfin atteindre la texture d'une voix neutre et intemporelle.

MUSIQUE

ELECTRONIQUE

On retrouve encore plus présent ce système de malaxage de voix dans Koma 3. C'est alors un travail sur la matière sonore de l'écriture (machine à écrire, ordinateur, stylo plume, bic, crayon, craie...) et la matière sonore de la voix. On tend de plus en plus vers des sons minimaux jusqu'à en arriver au silence pour ne laisser plus que le texte accomplir sa trajectoire.

Quant à la musique acoustique, elle disparaît complètement dans Koma 3 pour ne laisser que quelques traces de leur présence par des fragments de notes retravaillées dans la machine.

IMAGES

Dans Koma 3, la vidéo n’est traitée qu'à base d'images abstraites mêlées à des images de texte manuscrit. L'acteur est plongé dans un hyper espace qui se définit au fur et à mesure et très lentement par des lignes d'écriture. S'écrivent alors, petit à petit, autour de lui et au rythme de la diction de sa voix, ses propres mots qui iront se perdre dans l'immensité de l'univers, et s'effaceront pour laisser place à un fil de lumière, à un cercle de lumière, à une plénitude de lumière, et au noir total.

© 2020 par Mickael Sabbah.